Plus fortes, plus capables, plus en sécurité !

Si nous avons appris une chose ces deux dernières derniers années, c’est que ce n’est pas une bonne idée de mener des projets européens en pleine pandémie.
Cas de figure : notre projet NO MEANS NO, qui vise a rendre l’autodéfense féministe plus accessible pour les femmes en situation de handicap et qui a réuni sept organisations partenaires d’Allemagne, de Belgique, de France et de Pologne. S’il ne nous a pas permis de rencontrer des nombreuses formatrices d’autodéfense d’autres pays et de travailler ensemble de près, il a apporté de nombreuses améliorations pour les premières concernées : les femmes en situation de handicap.

Et c’est tant mieux, car les femmes en situation de handicap ont été particulièrement touchées par la pandémie : absence d’informations sanitaires en formats accessibles, assistance personnelle non reconnue comme service essentiel, isolement des personnes hébergées dans des structures d’accueil, fermeture d’espaces de loisir, plus grande dépendance des partenaires et familles, services d’aide moins joignables et accessibles... tout cela a sérieusement diminué l’autonomie et la participation des femmes en situation de handicap tout en les vulnérabilisant aux violences. Dans ce contexte, il faisait donc d’autant plus de sens de miser sur la prévention primaire et l’empowerment, et c’est ce que nous avons fait.

Tout d’abord, il s’agissait de former nos formatrices à travailler avec les femmes en situation de handicap. Pour cela, nous avons fait appel à la Lydia Zijdel Foundation. Lydia Zijdel, paraplégique après un accident de la route, s’est mise aux arts martiaux dans les années 1980 après son accident et a développé l’autodéfense féministe pour femmes en situation de handicap, formant des centaines de formatrices dans le monde entier au fil des années. Nous étions donc très heureuses de pouvoir profiter de sa grande expérience. Sauf que, pour se former ensemble, encore faudrait-il pouvoir être dans la même pièce avec un groupe. Les restrictions de voyages n’ont pas permis aux 37 formatrices de se rencontrer en personne (seulement 17 ont pu participer au seul module en présentiel en octobre 2020), et Lydia et son équipe ont remué terre et ciel pour pouvoir nous transmettre leurs savoirs et savoir-faire à distance. Pour Garance, sept formatrices y ont participé.

Par la suite, il s’agissait de transmettre ce que nous avions appris en forme d’ateliers d’autodéfense pour les femmes en situation de handicap. Les conditions sanitaires nous ont forcé à être créatives : en présentiel quand c’était permis ou sinon en ligne, entre 2 heures et deux jours, selon les disponibilités des femmes, avec traduction simultanée en langue de signes, chez des partenaires ou dans nos locaux, avec des groupes entre 2 et 20 participantes... Nous avons sillonné le pays et internet pour finalement animer 22 ateliers pour un total de 146 femmes. Les proportions de participantes en fonction du type de handicap étaient assez équilibrées : 38 participantes vivent avec un handicap physique, 20 avec un handicap intellectuel, 36 sont sourdes, 36 vivent avec un handicap visuel et 19 ont plusieurs types de handicap. Nous avons aussi eu des visiteuses : Sarah Schlitz, la Secrétaire d’Etat fédérale pour l’égalité et la diversité, et Karine Lalieux, Ministre fédérale chargée, entre autres, des personnes handicapées, ont rencontré les participantes de deux ateliers pour écouter leurs expériences et voir comment apprendre à se défendre. Les évaluations de tous les ateliers étaient très positives, avec une écrasante majorité des participantes se sentant plus fortes, plus capables et plus en sécurité à la fin des ateliers, et elles en redemandent. Bonne nouvelle : grâce à une subvention du fonds Alliance Gender Equality Europe, nous pourrons continuer nos stages d’autodéfense et notre projet d’animation par les paires pour les femmes en situation de handicap intellectuel en 2022 !

146 participantes, c’est déjà très bien, mais ce ne sont évidemment pas toutes les femmes en situation de handicap. Que ce soit l’éloignement géographique, des difficultés de déplacement ou le manque d’outils de communication accessible pour toutes, la majorité des femmes en situation de handicap n’a pas encore pu bénéficier d’ateliers d’autodéfense. Nous avons donc pensé utile de créer un nouveau guide de sécurité rien que pour elles, avec, à l’appui, des témoignages de femmes en situation de handicap qui ont su résister à la violence avec succès. Ces bons exemples permettent aux lectrices de s’imaginer elles-mêmes aussi capables de se défendre : si elle y arrive, pourquoi pas moi ? Ce guide existe en quatre formats accessibles : une vidéo sous-titrée et en langue de signes ; une audiodescription ; une version imprimée en Facile à lire et à comprendre ; et une version accessible aux lecteurs d’écran. Ces versions et leurs traductions dans d’autres langues sont gratuitement disponibles sur le site du projet nomeansno.eu.

Nous avons aussi voulu influencer plus de monde pour mieux tenir compte des besoins spécifiques des femmes en situation de handicap. Car sur le terrain, nous avons dû constater que trop souvent, elles se trouvent entre toutes les chaises une fois que la violence est là : d’un côté, le secteur du handicap travaille peu les questions de genre et de violence, et de l’autre côté, les associations féministes et les services spécialisés sont peu accessibles. C’est pourquoi nous avons organisé quatre événements pour déclencher une réflexion plus large. Le 20 septembre 2021, nous avons organisé un webinaire pour les services en contact avec les victimes de violence pour les sensibiliser à l’accessibilité. Services de police, maisons de justice, centres de planning familial, maisons d’accueil, organisations du secteur du handicap... 48 intervenant.e.s se sont informé.e.s sur les enjeux et possibilités d’accessibilité. Le 8 octobre, nous avons renchéri avec le colloque « Combattre les violences faites aux femmes : le rôle actif des femmes en situation de handicap », car il s’agit de non seulement aider les femmes en situation de handicap, mais surtout reconnaître et renforcer leur propre capacité d’agir. A cette occasion, nous avons non seulement présenté différentes approches associatives des femmes en situation de handicap, mais avons aussi élaboré avec les participantes, pour la plupart elles-mêmes des femmes en situation de handicap, une liste de recommandations pour lutter contre les violences qui leur sont faites. Au niveau européen, nous avons répliqué cette double approche, avec un atelier sur l’accessibilité des services spécialisées dans le soutien des femmes victimes lors de la conférence annuelle de Women Against Violence Europe le 6 octobre et une conférence européenne de clôture du projet le 3 décembre qui a attiré une centaine de participant.e.s en ligne. Vous avez raté une de ces conférences ? Pas de problème, la plupart ont été enregistrées et peuvent être ré-écoutées sur le site du projet où se trouvent aussi de nombreuses autres ressources.

Cette première expérience nous a beaucoup appris, y compris sur le chemin que nous avons encore à faire pour devenir une organisation réellement inclusive. Beaucoup reste à faire, mais nous sommes mieux outillées à viser nos prochains objectifs : former des formatrices d’autodéfense concernées, renforcer nos équipes d’animatrices paires, diffuser nos animations et outils dans des formats accessibles à toutes et mieux distribuer nos animations sur tout le territoire bruxellois et wallon, au plus près des femmes en situation de handicap.


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