Nouvelle conférence WAVE en ligne !

Tous les ans, le réseau européen d’associations féministes luttant contre les violences faites aux femmes, Women Against Violence Europe, se réunit lors d’une conférence pour échanger les expériences et pratiques et partager des outils de plaidoyer.

Le focus de 2021 : les violences sexuelles. Bien que les réalités de terrain soient extrêmement différentes de Bergen à Palerme, Tenerife ou Tbilissi, la solidarité féministe prime. Les participant.e.s ont d’ailleurs veillé à respecter un moment de silence en l’honneur des militantes des droits humains, y compris des membres de WAVE, qui risquent leur vie et leur sécurité - et celles de leurs familles – pour combattre les violences faites aux femmes.

Quoi de neuf dans la lutte contre les violences faites aux femmes ? Dubravka Šimonović, la rapporteuse de l’ONU sur les violences faites aux femmes qui vient de terminer son mandat, a comparé l’application des conventions internationales comme CEDAW ou la Convention d’Istanbul à un vaccin contre la pandémie des violences faites aux femmes. Son dernier acte comme rapporteuse ONU était la rédaction d’un rapport sur les féminicides et les failles dans la protection des femmes qui sera présenté en décembre. Elle a également présenté les recommandations de son rapport récent sur le viol, défini comme violation grave et systématique des droits humains. Ces standards pourraient être utiles pour un plaidoyer féministe concernant la réforme actuelle du code pénal belge.

Biljana Brancovic, membre du GREVIO, a analysé l’application de la Convention d’Istanbul en matière de lutte contre les violences sexuelles, qu’elle trouve insuffisante dans la majorité des pays européens. Elle dénonce la confusion entre les centres de prise en charge des violences sexuelles qui interviennent à court terme (citant comme bons exemples le Danemark et la Belgique) et les services d’accompagnement à long terme (par exemple SOS Viol). Par conséquence, les gouvernements ont tendance à miser sur les centres de prise en charge qui favorisent les plaintes, mais négligent l’accompagnement à long terme, et avec cela la possibilité des victimes de se reconstruire après la violence. D’autres problèmes rencontrés dans certains pays, en vrac : l’obligation des professionnel·le·s de la santé de dénoncer des violences sexuelles indépendamment de la volonté de la victime, le recours aux marchés publics qui ne reconnaissent ni valorisent l’expertise des associations féministes, le manque de services d’aide, surtout dans les régions rurales, l’accès difficile à l’aide pour les femmes roms, issues de l’immigration ou en situation de handicap, le manque de coordination entre mesures de protection et les poursuites judiciaires. Les femmes minorisées font face à des obstacles supplémentaires pour trouver de l’aide, en particulier les femmes roms, issues de l’immigration ou en situation de handicap.

Une réflexion inspirante a été amenée par l’économiste italienne Giovanna Badalassi. Elle a développé quatre scénarios post-covid qui permettent de mieux saisir le lien étroit entre politiques économiques et violences faites aux femmes. Les scénarios se situent sur une matrice entre deux champs de tension : des politiques orientées vers le profit ou vers le bien-être et un état fort ou faible. Une orientation vers le profit a une augmentation des violences faites aux femmes comme conséquence, tout en diminuant, voire en démantelant, les associations féministes qui pourraient faire le contrepoids. Pour une politique de lutte contre les violences efficace et avec une vision de long terme, l’état doit orienter ses politiques économiques vers le bien-être de sa population, tout en prenant ses responsabilités et en investissant suffisamment dans le secteur associatif. À ce moment décisif de réorientation post-covid, il est important que le mouvement féministe développe ses compétences économiques, y compris en matière de violences faites aux femmes !

Garance a également organisé un atelier lors de cette conférence pour rendre visible le rôle actif des femmes en situation de handicap dans la lutte contre les violences. Penser en tant qu’organisation féministe qu’on devrait courir à l’aide des femmes en situation de handicap victimes de violence n’est rien d’autre qu’une manifestation du validisme. Si les femmes en situation de handicap sont certes plus vulnérables aux violences, certes, elles peuvent tout de même agir par elles-mêmes. Angélique Rousseaux, une animatrice paire de La Boulaie formée par Garance, a parlé de ses expériences de violence et comment apprendre à dire non et l’enseigner à d’autres femmes en situation de handicap l’a aidé à gagner en confiance en elle et à mieux poser ses limites. La néerlandaise Juultje Holla nous a fait part de ses expériences lors d’une recherche participative avec des femmes en situation de handicap intellectuel sur les violences qu’elles vivent en institution. Agata Teutsch, de l’association polonaise Autonomia, a présenté le projet NO MEANS NO. Un projet européen piloté par Garance et visant à rendre l’autodéfense féministe accessible pour les femmes en situation de handicap. Enfin, Isabel Caballero Pérez de l’association espagnole de femmes en situation de handicap CERMI Mujeres a présenté comment son organisation a rendu plus accessibles les mesures de lutte contre les violences faites aux femmes pendant la pandémie du covid. La discussion avec le public nous a permis de rencontrer deux autres associations qui luttent contre les violences faites aux femmes en situation de handicap, Ninlil en Autriche et IZ Kruga Vojvodina en Serbie et de constater une nouvelle fois que les associations féministes doivent travailler à se rendre plus accessibles, et ce, y compris WAVE ! Un chantier ambitieux pour toutes nos organisations et une envie partagée de travailler ensemble, pourquoi pas dans un futur projet européen !

Si la conférence WAVE était un moment important de rencontres et de renforcement, tout le monde était unanime : il y en a marre des réunions en ligne ! Rendez-vous donc l'année prochaine à Prague, et cette fois-ci, nous l’espérons, en présentiel.


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