L’extrême-droite attaque les droits des femmes

Le réveil le 27 mai, le lendemain des élections, était dur. Si en Wallonie et à Bruxelles, les partis de gauche ont atteint des scores historiques, le même est vrai pour l’extrême-droite en Flandre. Pour Garance, il va de soi de s’engager contre cette nouvelle montée de l’extrême-droite et pour la solidarité et le respect des droits fondamentaux de toutes et de tous. Non seulement parce que l’extrême-droite mène une politique raciste, sécuritaire et anti-démocratique, mais aussi parce que la N-VA et le Vlaams Belang, ainsi que leurs partenaires à l’international, s’opposent explicitement à l’égalité des chances et aux droits des femmes.

Trump aux Etats-Unis, Bolsonaro au Brésil et Duterte aux Philippines ne sont que la pointe infâme de cet iceberg brun. L’anti-féminisme virulent gagne du terrain notamment grâce aux financements américains de groupements européens d’ultra-droite. Un nouveau jeu vidéo participe à la banalisation de ce contexte en permettant d’incarner des personnages pas sympas (Hitler, Mussolini ou Brenton Tarrant) pour massacrer des féministes, migrant.e.s, gays et autres antifas.

En Europe, les exemples de la haine des femmes et des féministes que porte l’extrême-droite sont nombreux :

  • En Pologne, le Congrès de la nouvelle droite est mené par Janusz Korwin-Mikke qui voudrait abolir le droit de vote des femmes car celles-ci seraient moins intéressées par la politique que les hommes.
  • En Hongrie, Fidesz, le parti de Viktor Orban, mène une politique nataliste qui vise à renvoyer les femmes au foyer : faire des bébés hongrois, ce serait empêcher la migration. C’est pourquoi, la constitution protège depuis 2013 le mariage hétérosexuel et la famille traditionnelle, ainsi que le foetus à partir de la conception. Si l’avortement n’est pas encore interdit, la pression monte, avec le financement public de campagnes et d’organisations anti-choix et la récente proposition de mesures natalistes qui favorisent fiscalement et financièrement les familles jeunes et nombreuses.
  • En Espagne, VOX s’oppose au droit à l’avortement, aux quotas électoraux et au mariage de couples du même genre. Les mobilisations de masse féministes (5 millions de manifestantes pour la grève des femmes !) des dernières années mettent à mal la vision ultra-catholique de ce parti sur les relations de genre, et par conséquent, les élu.e.s tentent de déconstruire les avancées légales et sociales. Le parti s’attaque notamment aux mesures de lutte contre les violences conjugales et aux subventions d’associations féministes qui aident les femmes victimes de violence. Et évidemment, le féminisme est, pour VOX, une « dictature intellectuelle » de la gauche qui veut imposer partout son « idéologie du genre ».
  • Aux Pays-bas, Thierry Baudet du Forum voor Democratie défend une masculinité traditionnelle et toxique : « Nous perdons notre masculinité, nous tendons vers le consensus, une valeur féminine. Nous avons peur ». Pour lui, l’émancipation des femmes est la raison pour laquelle la natalité en occident diminue (et grâce à la thèse du grand remplacement, il devient donc logique d’être raciste et sexiste à la fois).
  • En Suède, un scandal a éclaté chez les Sverigedemokraten (le seul grand parti suédois qui ne se dit pas féministe), juste avant les élections, autour de l’accusation du candidat en tête de liste Peter Lundgren pour harcèlement sexuel. La députée européenne des SD, Kristina Winberg, avait dénoncé dans les médias les attouchements de Lundgren sur une autre femme. Ce que Lundgren a confirmé et tenté de justifier par son état d’ébriété au moment des faits. Comme si ce n’était pas en soi suffisant pour démontrer le caractère sexiste du SD, le parti a rayé Winberg de la liste électorale pour avoir « conspiré à dénigrer un collègue de parti à l’aide des médias » et a publié une vidéo où la victime, une membre du parti, explique qu’il est malheureux que la fête où les attouchements ont eu lieu soit « devenue si stupide ».
  • Au Royaume-Uni, deux youtubeurs masculinistes étaient candidats pour UKIP. Les deux diffusent depuis longtemps de la misogynie pure sur la toile. Par exemple, ils défendent l’idée que les inégalités entre les femmes et les hommes n’existent pas, que les livres préférés des femmes mettent en scène des fantasmes de viol ou que l’on peut battre sa femme quand on a un mauvais jour. L’un d’eux, Carl Benjamin, a gagné en notoriété quand il a tweeté qu’il ne pourrait pas violer une élue travailliste, car elle ne serait pas assez attractive. L’autre, Mark Meechan, a été arrêté pour avoir enseigné le salut hitlérien au chien de sa copine. UKIP défend ce genre de remarques comme satire.

L’extrême-droite belge ne reste pas en lice et la situation risque de s’empirer si les partis démocratiques rompent le cordon sanitaire en place depuis 1992. Sylvie Lausberg, présidente du Conseil des femmes francophones de Belgique, rappelle dans une carte blanche les origines anti-féministes du Vlaams Blok dont certains membres fondateurs étaient impliqués dans l’exploitation sexuelle et la traite des femmes et qui ont toujours vu les féministes comme des ennemies-cliché. Avec de telles racines, rien de surprenant à ce que le Vlaams Belang, successeur du Vlaams Blok, ait déjà déposé à trois reprises depuis sa fondation en 2004 un projet de loi pour interdire l’avortement.

Ce ne sont pas que de vieilles histoires. Le reportage remarquable sur Schild & Vrienden, mouvement de jeunesse fascistoïde de Dries Van Langenhoven, nouvel élu du Vlaams Belang à la Chambre, témoigne aussi du sexisme de ce dangereux mouvement. Dans leur idéologie, les femmes et les hommes ont des rôles sociaux différents et complémentaires, et il n’y a pas de place pour des femmes qui défient cet ordre, qu’elles soient grosses, refusent d’être mères ou aiment des femmes. Sur le forum Vlaams Belang du site Reddit, on peut encore voir circuler un diaporama qui montre des photos de la présidente de l’Open VLD, Gwendolyn Rutten, et qui explique comment se masturber en fantasmant sur elle. Le parti tolère également les propos LGBTophobes de Dominiek Sneppe, même si Tom Van Grieken précise que cela ne correspond pas à la ligne du parti. Par contre, ce qui correspond à la ligne, c’est de remplacer des élues femmes par des hommes, car « 50% de femmes, c’est trop » (dixit sur Radio1), et de mettre en question le principe d’égalité des chances inscrit dans la constitution.

Les femmes ne sont évidemment pas la seule cible anti-égalité du Vlaams Belang : Chris Janssens s’oppose aux quotas à la VRT (où le VB siège désormais dans le conseil d’administration) qui visent une meilleure représentativité aussi en matière d’origine et d’orientation sexuelle.

Si la N-VA ne se prononce pas publiquement contre les droits des femmes, elle mène en réalité une politique qui met ces droits en danger. Les politiques d’austérité touchent tout d’abord les femmes et accroissent leur dépendance financière, les rendant plus vulnérables aux violences. Les deux secrétaires d’état N-VA à l’égalité, Elke Sleurs et Zuhal Demir, ont réalisé des coupes budgétaires importantes à l’Institut pour l’Egalité des femmes et des hommes, censé coordonner les politiques d’égalité en Belgique. Elles ont aussi décidé la dissolution des coordinations provinciales en matière d’égalité et de lutte contre les violences en Flandres. En matière de lutte contre les violences, la N-VA soutient l’avancement de la neutralité de genre qui risque d’effacer la spécificité des violences faites aux femmes et des besoins des femmes victimes de violence. N’oublions pas non plus le coup de théâtre concernant la « dépénalisation » de l’avortement : dans une mesure purement cosmétique, le gouvernement Michel, dominé par la N-VA, a retiré l’avortement du code pénal, certes, mais a « oublié » de retirer également les peines toujours en place.

Les féministes savent que les acquis en égalité sont sur la sellette dès que l’extrême-droite est au pouvoir. La carte blanche du CFFB, l’affichage anti-fasciste du Collectif des Femmes qui l’Ouvrent en province du Luxembourg et la participation de nombreux collectifs féministes à la manifestation du 28 mai organisée par la coalition Stand Up (dont Garance est membre) ne sont que quelques exemples de la mobilisation actuellement en cours dans les mouvements. Beaucoup de travail sera nécessaire pour résister à l’extrême-droite pendant toute la législature en cours et pour soutenir les organisations et activistes féministes en Flandres. Nous appelons tou.te.s nos lectrices.teurs à rejoindre et à participer à la construction de collectifs et de plate-formes comme Stand Up, à prendre la rue et à rester vigilant.e.s face à l’extrême-droite.


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