La Chevalière noire

Si l’histoire de Mulan vous a fascinée car vous admirez les femmes guerrières qui s’infiltrent dans les bataillons et dégomment les hommes dans les rangs qui leur font face, l’histoire de notre femme rebelle va vous combler. Khawla bint Al Azwar, connue sous le nom de Black Knight (Chevalière noire), se consacre à la fois aux soins médicaux et aux combats sur le terrain militaire. Elle illustre à merveilles l’éventail des ressources dont disposent les femmes pour être sur tous les fronts à la fois.

Khawla bint Al Azwar est la fille de l’un des chefs des tribus arabes des Bani Assad, une contemporaine du prophète Mohammed et parmi les premières.ers converti.e.s à l’islam. Son frère, Dhirrar Ibn Al Azwar, la forme aux arts du combat et de la poésie. Elle acquiert une certaine réputation en tant que leadeuse et experte en combat. En 634, lorsque la guerre [1] est déclarée, au siège de Damas, entre le califat arabe et l’empire byzantin, les deux frère et sœur s’enrôlent dans l’armée avec enthousiasme, motivé.e.s par l’appel du Prophète. Tandis que le frère Dhiraar se bat au front, sa sœur organise toute une unité d’hôpital de campagne, installant des tentes médicales et soignant les blessés, treize siècles avant que Florence Nightingale ne fasse de même en Europe. C’est une assignation genrée traditionnelle des rôles sur les terrains militaires : les hommes se battent et les femmes font le ménage par la suite.

Son frère Dhiraar se blesse au combat et est capturé comme prisonnier de guerre. Quand Khawlah a vent de la capture de son frère, elle décide de prendre les armes et trompe tout le monde sur son genre en se travestissant en soldat. Elle se bande la poitrine pour la cacher, revêt une armure, voile son visage avec une bande de tissu noir dissimulant tout son visage à l’exception de ses yeux et enroule un châle de soie verte autour de sa taille. Elle s’empare d’une épée et d’un destrier et entre sur le champ de bataille, animée par l’esprit de vengeance. Elle massacre tous les soldats byzantins qui ont le malheur de lui tomber sous la main. C’est donc lors de cette bataille de Sanita Al Uqab qu’elle illustre, pour la première fois, ses qualités au combat.

Le général de l’armée arabe, Khalid Ibn Walid, est abasourdi devant cette scène de combat enflammée et admire ce soldat qui se bat avec tant de passion pour les siens. Certains soldats de l’armée ont même confondu Khawlah avec Khalid. Inspirés par son zèle, d’autres soldats rejoignent le champ de bataille. Ce regain d’ardeur insufflé par Khawlah leur offre la victoire contre ceux qui ont capturé son frère, condamnés à prendre la fuite.

La bataille remportée, Khawlah, complètement imbibée du sang ennemi, se rend compte que les hommes avec lesquels elle vient de se battre, autour d’elle, lui lancent des regards interloqués. Intrigué, Khalid demande au soldat, enveloppé dans son châle vert, de retirer son voile et de révéler son identité. Après avoir refusé pendant un certain temps, par crainte d’être punie, elle cède finalement et retire son voile. Stupéfié mais très impressionné, Khalid lui accorde de diriger un petit bataillon d’hommes pour aller sauver son frère, Dhiraar. À la tête de son bataillon, elle retrouve son frère et libère aussi d’autres prisonniers de guerre. Elle vainc les soldats restants et ramène les prisonniers à son camp. À partir de ce moment, Khalid, admiratif, lui demande de rejoindre ses rangs et de devenir un soldat de l’armée musulmane, ce qu’elle fait. Lorsqu’elle n’est pas au combat, elle assume toujours son rôle d’infirmière et assume la responsabilité de l’organisation des soins médicaux.

La même année éclate la bataille d’Ajnadayn qui est presque fatale pour Khawlah. Son arme brisée, elle tombe de son cheval après qu’il ait été mutilé. Elle est capturée et ramenée dans le camp byzantin où elle est placée dans une tente de détention avec un autre groupe de femmes arabes capturées en début de la campagne militaire. Après la bataille, le chef de l’armée byzantine, curieux, se rend dans la tente pour voir de ses yeux cette soldate. Face à sa résistance et à sa fureur, le chef, charmé, la considère comme un défi à mettre dans son lit, ignorant qu’il s’en mordra les doigts. En effet, fort heureusement, il goûtera, lui aussi, à la fougue vengeresse de Khwalah. Le chef décide donc, unilatéralement, de s’octroyer ses plaisirs charnels et d’offrir à ses commandants les autres femmes. Certain.e.s affirment que le chef de l’armée avait même prévu (toujours unilatéralement) de l’épouser et de faire d’elle la première dame de Damas après la défaite des forces musulmanes. Avec colère et fierté, elle refuse ses avances. Elle clame qu’elle préfère mourir que de vivre dans la honte au bras de cet homme.

Mais Khwalah a un plan pour s’en sortir. Elle appelle toutes les autres femmes du camp à se battre pour leur liberté et leur honneur et à exprimer leur colère. Leur destin est, soit, de vaincre les Byzantins, soit, de mourir. Les femmes inspirées par son discours décident de se battre. Khawlah les organise et prépare un plan d’action. Dès le soleil couché, les femmes arabes dans la tente se détachent de leurs liens, saisissent les piquets de la tente et la font tomber sur leur tête. Les gardes à proximité, intrigués par ce remue-ménage, se précipitent pour voir ce qu’il se passe. Khawlah Bint Al-Azwar transperce la toile de la tente avec un pieu de la tente et poignarde le visage du soldat le plus proche, l’envoyant à terre. A ce moment, tout le groupe de femmes émerge de la tente, maniant les piquets de tente tranchants comme des lances et poignardant tous les soldats qui leur font face. Les femmes se frayent un chemin, traversent le champ de bataille pour rejoindre les lignes alliées et réussissent à s’en sortir. Elles mettent à terre plus de trente soldats, et à elle seule, Khawlah en tue cinq. Khalid et son armée les rejoignent à leur position et les aident dans le combat. Après l’arrivée des renforts, Khawlah retrouve le chef de l’armée byzantine et le tue de ses propres mains. Elle reste engagée dans les rangs de l’armée jusqu’à la fin de la guerre, après laquelle elle épouse un puissant prince arabe.

Khawlah, de son temps jusqu’à nos jours, reste une légende. En son honneur, de nombreuses institutions (écoles, etc.), des récompenses et des navires de combat portent son nom au Moyen-Orient, notamment le premier collège militaire pour femmes dans la région du Golf aux Emirats arabes unis. Elle est considérée comme l’une des plus grandes guerrières du monde arabe, mais elle est loin d’être la seule femme arabe à avoir rejoint les bataillons [2]. L’histoire arabe et musulmane recèle donc de nombreux modèles de guerrières, ce qui questionne d’autant plus la rareté de super-héroïnes musulmanes à l’ère des Marvel et autres DC Comics. Qahera, Khamala Khan (Ms Marvel), Sooraya Qadir (Dust) et Faiza Hussain (Excalibur) auraient bien besoin de quelques renforts...


[1La bataille de Sanita Al Uqab.

[2Par exemple Nusayba bint Ka’ab, connue sous le nom de Umm Umarah, ou encore les sœurs Umm Sulaim et Umm Haram bint Milhan, qui ont combattu durant la Bataille d’Uhud, et bien d’autres.


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