Conférence WAVE à Malte

Chaque année, des activistes féministes de toute l’Europe et même au-delà se réunissent pour la conférence du réseau Women Against Violence Europe (WAVE) dont Garance est membre et représentante pour la Belgique francophone. L’édition 2018 s’est déroulée du 22 au 24 octobre à La Vallette à Malte et a été couronnée par deux premières : les inscriptions ont dépassé les 300 personnes de 42 pays et la conférence a été ouverte par une tête d’état (la présidente de Malte Mme Maria-Louise Coleiro Preca).

La menace pour la lutte contre les violences faites aux femmes représentée par les politiques neutres par rapport au genre a été au centre des préoccupations de la réunion de cette année. Ces politiques se répandent actuellement dans tous les pays européens, sur des bases assez variées. Les facteurs qui contribuent à ces politiques - qui ne tiennent pas compte des inégalités de genre – vont d’un renouveau des politiques d’extrême-droite et d’un backlash antiféministe jusqu’à l’inclusion des personnes trans de l’autre côté du continuum politique. De nombreuses associations présentes ont témoigné de pertes de financements, de marginalisation dans le débat public sur les violences ou encore de menaces personnelles envers les activistes féministes. Cet enjeu politique n’est pas nouveau, mais prend de l’envergure ces dernières années. La Convention d’Istanbul, qui est au centre de plaidoyer féministe de WAVE et ses membres, a comme objectif de « lutter contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique ». Déjà le titre montre la tension entre deux camps : les mouvements féministes d’un côté qui comprennent les violences faites aux femmes comme une forme de discrimination sexiste et obstacle à l’égalité de genre, et les « anti-genre » de l’autre côté qui utilisaient l’occasion de la Convention pour placer des accroches neutres par rapport au genre. Plusieurs activistes de la première heure l’ont fait remarquer : le terme « violence conjugale » dans les années 1970 et 1980 était un outil pour rendre visible les violences faites aux femmes est aujourd’hui récupéré pour effacer la spécificité de ces violences.

Garance ASBL a été très présente lors de cette conférence, tout d’abord par une intervention dans le premier panel qui portait justement sur la nécessité de protéger les services spécifiques pour femmes contre les politiques de la neutralité de genre. Garance a pu apporter sa lecture de la neutralité de genre et quelques pistes stratégiques comment y résister (voir aussi une analyse rédigée pour Corps écrits). Nous avons reçu beaucoup de retours positifs sur cette contribution, tout comme pour notre guide de défense verbale pour féministes que WAVE avait traduit en anglais et distribué aux participant.e.s, sous le titre Let’s shut down antifeminism !. Le guide a connu un succès certain : le post annonçant sa publication a récolté le plus de likes dans l’histoire de WAVE et a fait grimper le nombre de likes pour leur page FB par 100 en une seule semaine. Sur place, nous avons reçu plusieurs demandes d’autorisation de traduire le guide dans d’autres langues, dont en latvien et russe, ainsi que de nombreuses demandes pour plus d’exemplaires.

Il est bien sûr impossible de présenter tous les débats et contenus d’une conférence aussi riche en sujets. Des violences sexuelles d’un point de vue intersectionnel au soutien des enfants témoins (et donc victimes) de violence conjugale, de la collaboration entre services de soutien aux femmes victimes de violence et les services de responsabilisation des auteurs au rôle du secteur de santé dans la lutte contre les violences, les participant.e.s avaient l’embarras du choix. Garance a évidemment répandu la bonne parole de la prévention primaire des violences et de l’autodéfense féministe dans un atelier et à toute autre occasion. Depuis que nous investissons les espaces de WAVE avec ce message, nous sentons de plus en plus d’ouverture et d’intérêt, ce qui nous encourage à continuer de rappeler que les violences ne sont pas inévitables, mais mais qu’on peut les prévenir, les empêcher.

La conférence de WAVE est aussi chaque année l’occasion de découvrir de nouveaux outils intéressants. Par exemple, une série de photos produites pas le Scottish Women’s Aid. Scottish Women’s Aid en avait marre de toujours voir les mêmes images venant de bases de données commerciales pour illustrer les récits médiatiques sur les violences conjugales. L’organisation a donc demandé à des femmes victimes de violence conjugale d’analyser ce qui n’allait pas avec ces photos. Le verdict a été unanime : ces images montrent les violences comme uniquement physiques, les femmes comme passives, les hommes comme omnipotents, les enfants à l’écart de la violence. Mais surtout : la plupart des femmes ne se reconnaissait pas dans ces images mettant en scène des femmes jeunes, blanches et correspondant aux normes traditionnelles de beauté. En coopération avec ce groupe de femmes et une belle brochette de volontaires, Scottish Women’s Aid a produit une série de photos qui représentent beaucoup mieux les violences conjugales. Ces photos libres de droit peuvent être utilisées par des médias, des organisations et des activistes pour illustrer leurs publications.

Il reste de remercier nos collègues maltaises pour leur accueil chaleureux et à conseiller à nos lectrices et lecteurs de participer à la prochaine conférence de WAVE qui aura lieu en octobre 2019 à Tallinn !


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