Namur vue à travers les lunettes de genre

En mars 2017 s’est clôturé le projet que Garance menait depuis un an et demi dans les rues de Namur afin d’introduire une analyse de genre aux aménagements prévus dans les années à venir. Une petite remise en contexte s’impose : en juin 2015, Garance a décidé, en coopération avec le Pavillon de l’aménagement urbain de la ville de Namur, de proposer aux namuroises de partager leurs ressentis et leurs expériences de leur quartier, et ce, en vue des gros travaux de réaménagement prévus dans quatre quartiers de Namur : Bomel, le quartier de la gare, le quartier des anciennes casernes et le quartier de l’université.

Nous avons donné la parole au namuroises parce que les femmes jouent un rôle d’expertes dans une analyse de genre de l’espace public. Elles se déplacent plus souvent à pied et plus souvent à proximité de leur domicile que les hommes, et elles ont plus de contacts sociaux qui leur fournissent des informations supplémentaires. En tant que population éprouvant un plus grand sentiment d’insécurité, elles peuvent mieux analyser les « lieux d’angoisse » et les facteurs protecteurs. Cette expertise de la vie quotidienne doit être mise au profit de l’urbanisme et de son potentiel émancipateur.

Pour faire ressortir tous ces ressentis et expériences, nous avons utilisé les marches exploratoires. C’est un outil d’analyse genrée de l’espace public qui a été créé par le mouvement des femmes à différents endroits de la planète à partir des années 80. En Belgique, ces marches ont lieu depuis une petite dizaine d’années de manière ponctuelle. Garance a déjà proposé une série de marches exploratoires dans le cadre de la réalisation d’un cahier de recommendations en 2012, Espace public, genre et sentiment d’insécurité. Le but était de mettre en lumière les problématiques et solutions soulevées par les femmes au cours des marches dans la région bruxelloise pour sensibiliser les professionnel.le.s de la planification urbanistique.

Nous avons réalisé dix marches en collaboration avec des associations namuroises, et 63 femmes de tous les âges y ont participé. Le projet initial prévoyait de faire 25 marches exploratoires, dont une dizaine aux alentours de la gare, en une année. Mais il a été difficile de rassembler suffisamment de participantes pour chaque marche. Garance n’a pas la même notoriété à Namur qu’à Bruxelles et nous avons fait les premiers pas d’un réseautage associatif. Cela nous a pris du temps et s’est ressenti dans le nombre de marches. Sur les quatre quartiers que nous voulions explorer à la base, seuls trois ont été visités. Le quartier de l’université est celui qui fait défaut. Nous n’avons pas réussi à rencontrer des étudiantes pour qu’elles nous racontent leurs expériences sur le campus universitaire, malgré nos nombreuses démarches pour solliciter des personnes sensibles à ces questions aux Facultés Notre Dame.

Mais après un an et demi de travail et de collaborations avec des associations de terrain, nous avons pu mettre en lumière les ressentis des femmes. Toutes leurs remarques et leurs recommandations sont reprises dans un rapport qui aborde des thématiques plus générales, comme la visibilité, l’orientation et la propreté par exemple mais décortique aussi plus spécifiquement des endroits qu’elles voyaient comme de bons ou de mauvais exemples. Ce rapport est donc intéressant pour tou.te.s les professionnel.le.s de l’aménagement du territoire puisqu’il regorge de propositions de solutions.

Le projet des marches exploratoires à Namur a été une expérience innovante et malgré les limites que le projet a connues, il restera une première en Belgique. Si les professionnel.le.s de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire tiennent compte des résultats de notre recherche-action, Namur sera alors la première ville belge à avoir pensé ses aménagements urbains avec « les lunettes du genre ». Bien entendu, pour que des changements soient possibles, il est primordial que les élu.e.s s’emparent de la thématique et soutiennent activement les initiatives associatives, mais surtout qu’ils.elles se munissent de ces fameuses lunettes, pour ne plus les lâcher. Car c’est bien en proposant aux publics qui sont moins souvent sollicités de prendre la parole qu’on peut contribuer à une ville plus égalitaire pour tous et pour toutes.


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