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Sexisme, homophobie, transphobie - même combat ?

« Que pensent les hommes et les femmes, lesbigays et hétéros, cisgenres et transgenres de thèmes comme le sexisme, l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie, comment les ressentent-ils et comment y réagissent-ils ? » Telles étaient les questions au départ de l’étude « Beyond the box », menée ces six derniers mois par une équipe de chercheur/e/s (1). Il s’agissait d’interroger les Belges sur leurs stéréotypes et préjugés, car pour combattre les comportements d’exclusion ou de violence, il est important de savoir sur quelles idées reçues ils se basent.

Le sondage a eu lieu sous la forme d’une enquête en ligne anonyme. L’avantage de cette méthode est sans doute d’obtenir davantage de sincérité, puisque les réponses sont spontanées. Le gros désavantage est que les résultats ne peuvent être considérés comme représentatifs de la population belge. L’accès à internet, mais aussi l’intérêt pour les questions de genre, ont « filtré » les répondant/e/s. Certains groupes sont donc sur-représentés par rapport à leur proportion dans la population : les jeunes, les femmes, les homosexuel/le/s... Mais malgré sa longueur, le questionnaire a été intégralement rempli par 5624 personnes.

Telle quelle et avec ses limites, l’enquête a son intérêt et livre des informations intéressantes ; cependant, certains choix nous paraissent problématiques. Les questions portent tout autant sur des idées et croyances que sur des attitudes et comportements envers les personnes et groupes stigmatisés ; certaines sont pourtant pour le moins surprenantes. Ainsi, le fait de ne pas être d’accord avec la légalisation des mères porteuses pour les couples gays, sujet hautement controversé, relèverait d’une « homophobie institutionnelle » (2). Par ailleurs, le sexisme se distingue des autres « phobies » par le fait que les questions portent autant sur les préjugés vis-à-vis des hommes que des femmes. Il n’existe pas, en parallèle, de questions sur une supposée « hétérophobie » ou « cisgenre-phobie » (3)... Certes, les auteur/e/s prennent bien soin de préciser : « Bien que les hommes soient également victimes de sexisme, ils ont souvent occupé une position supérieure à travers l’histoire. En raison de cette différence de position sociale, les préjugés sexistes ont d’autres conséquences pour les hommes que pour les femmes ». Il n’empêche que ce « parallélisme » est une forme de négation de la domination masculine, que la précision ne fait que renforcer, comme si cette position supérieure « à travers l’histoire » avait pris fin aujourd’hui. On pourrait presque classer cette présentation dans la catégorie du « sexisme moderne », repris dans l’enquête, consistant à penser que l’égalité entre hommes et femmes est désormais acquise chez nous, et à déconsidérer du même coup les luttes féministes...

Passons aux résultats, dont certains confirment des intuitions qu’on pouvait avoir et d’autres creusent de nouvelles pistes. On découvre sans surprise deux facteurs qui prédisposent aux préjugés. D’abord, le niveau de « dominance sociale », correspondant au souhait de conserver la hiérarchie sociale en place et à la conviction que certains groupes sociaux sont meilleurs que d’autres ; ensuite, la « rigidité de genre », à savoir la croyance qu’il existe des rôles spécifiques selon que l’on soit homme ou femme, et que les transgressions de ces rôles constituent un danger pour la société. Certaines catégories, au contraire, se montrent plus ouvertes : les femmes, les homosexue/le/s, les jeunes, les personnes de formation supérieure. Comme ce sont précisément les personnes sur-représentées parmi les répondant/e/s, on peut en conclure que l’intolérance est en fait plus élevée que ce qui apparaît dans l’étude...

Une différence intéressante à noter entre hommes et femmes : chez les premiers, la réprobation à l’égard des minorités sexuelles tient surtout à leur attachement aux normes de genre et leur hiérarchie, tandis que l’opinion des femmes est surtout influencée par leurs convictions philosophiques, en particulier religieuses.

Chez les jeunes, on arrive à un constat troublant : alors même qu’ils/elles se considèrent plus « ouvert/e/s » pour ce qui concerne l’orientation sexuelle et l’identité de genre, leurs comportements sont, de leur propre aveu, plus agressifs que ceux de leurs aînés, du moins sur le plan verbal. Ainsi, les jeunes acceptent plus facilement d’avoir pour voisin/e ou collègue une personne qui ne répond pas strictement aux critères de ce que serait un « homme » ou une « femme », ce qui ne les empêche pas de se livrer aux injures et aux moqueries. Ce serait lié à une certaine « culture jeune » de l’insulte, que les moqueurs considèrent peut-être comme un jeu sans conséquences, mais qui peut être vécu comme extrêmement blessante et dangereuse par les victimes. Le rôle de l’éducation paraît là essentiel.

Une dernière leçon de l’enquête : plus les gens évoluent dans un environnement social varié (famille, amis, collègues), plus ils sont tolérants à l’égard des minorités sexuelles et des minorités de genre. Ce qui semble montrer que la peur est souvent d’abord liée à la méconnaissance. « La diversité au sein de l’environnement social ne se limite donc pas à un simple fait de société, mais peut aussi constituer un moyen de parvenir à une société plus tolérante » : une conclusion valable pour bien d’autres « phobies » et préjugés.

Pour en savoir plus, on peut lire le rapport de synthèse sur le site de l’IEFH.

(1) Enquête réalisée par l’Université d’Anvers et l’Observatoire du sida et des sexualités de l’Université Saint-Louis de Bruxelles, à la demande du secrétaire d’Etat bruxellois pour l’Egalité des Chances, Bruno De Lille, avec l’Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes et le Centre interfédéral pour l’Egalité des Chances.

(2) « Il faut voter une loi pour permettre au niveau juridique la maternité de substitution pour les couples homosexuels »

(3) Le terme de « cis-genre » est employé comme contraire de « transgenre »


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